Rosa Luxemburg est une militante communiste et révolutionnaire allemande, née en Pologne le 5 mars 1871 et morte le 15 janvier 1919 pendant la Révolution allemande au moment de la révolution spartakiste. Avec Karl Lieknecht, elle s'oppose dès avant la Grande Guerre à l'adoption de nouveaux crédits militaires, ce qui lui vaut d'être arrêtée et emprisonnée en février 1915. Elle est alors exclue du parti socialiste allemand (SPD), mais elle organise de façon clandestine le mouvement révolutionnaire spartakiste (Ligue Spartakus), qui préfigure le parti communiste d'Allemagne (KPD), qui dès sa fondation en décembre 1918, prend fait et cause pour la Russie des soviets.

Dans un contexte troublé se produit un soulèvement populaire le 5 janvier 1919, l'insurrection spartakiste. La révolution échoue et elle est réprimée dans le sang par les milices paramilitaires et les corps francs qui accueillent bon nombre de soldats démobilisés, mais sans emploi ni ressources dans la nouvelle Allemagne qui s'essaie à la démocratie. Rosa Luxemburg est arrêtée avec Karl Lieknecht par un détachement des corps francs le 15 janvier 1919 et aussitôt assassinée, d'après des témoignages imprécis. Son corps est jeté dans la Spree, une rivière qui passe à Berlin. La semaine dernière, l'hebdomadaire allemand Der Spiegel rapporte la découverte de restes assez bien conservés d'un corps féminin à qui manquent la tête, les mains et les pieds. Les probabilités pour qu'il soit le cadavre de Rosa Luxemburg sont fortes.

La Fondation Rosa-Luxembourg a exprimé vendredi sa consternation et appelle le gouvernement à clarifier l'affaire au plus vite. Une telle hypothèse soulève en effet la question de savoir à qui appartient la dépouille qui se trouve enterrée dans la tombe de Rosa Luxemburg au cimetière de Berlin... Près de 100 ans après sa mort, sa sépulture demeure un lieu de pèlerinage, où se pressent chaque année des milliers de personnes à l'anniversaire de son assassinat. Le chef du département de médecine légale de l'hospice Charité, Michael Tsokos, n'a pas l'intention de conserver les restes : le corps ne m'appartient pas, a-t-il immédiatement déclaré. Il est prêt à communiquer la dépouille à toute personne appelée à faire valoir ses droits.

Le problème est que la dépouille est devenue un cadavre encombrant. La probabilité qu'il soit celui de Rosa Luxembourg est forte, mais rien encore n'est formellement établi. Le compte-rendu d'autopsie avant l'enterrement du 13 juin 1919 est truffé de bizarreries, explique Michael Tsokos, signalant explicitement qu'il n'y avait ni anomalie sur la longueur des jambes ni malformation de la hanche, n'évoquant aucun impact de coup de crosse ou de balle. Par ailleurs, un laboratoire spécialisé a daté au carbone 14 le mystérieux corps, et selon son chef Matthias Hüls, il peut tout à fait s'agir de Rosa Luxemburg. L'assurance formelle apportée par des comparaisons génétiques est cependant difficile : un timbre collé par Rosa Luxemburg n'a pas fourni assez de matière utilisable et les légistes berlinois recherchent toujours une nièce, qui vivrait en Pologne.

Loin de penser à Rosa Luxembourg, l'Allemagne est en ce moment l'objet d'une polémique au sujet de Karl Heinz Kurras, un ancien commissaire de la police fédérale et par ailleurs espion de la Stasi, la police politique est-allemande... Ce policier à la retraite est l'auteur d'un meurtre sur un manifestant le 2 juin 1967, et il est devenu le symbole de la dérive fasciste de la République fédérale... jusqu'à ce qu'on découvre le détail de ses états de service dans les archives de la Stasi, tout récemment. L'Allemagne est donc à présent de nouveau aux prises avec son passé innommable, et préférerait se passer de la résurgence d'un autre symbole de la répression bourgeoise !

Pour Gregor Gysi, l'expertise ADN du corps exhumé de l'hospice berlinois devrait avoir lieu rapidement malgré tous les obstacles bureaucratiques en Allemagne, ce qui permettrait aux autorités d'ensevelir cet autre grande figure controversée de l'histoire allemande, une bonne fois pour toutes. Un tel événement, selon le parlementaire, devrait se produire cette année encore. L'Allemagne, décidément, n'en a pas fini avec ses vieux démons !