Le 23 aout 1963, il y a juste 50 ans, j’embauchais pour la première fois à l’usine. J’avais passé avec succès, en juin, le CAP d’ouvrier chaudronnier fer et fin aout à 6 heures du matin, je commençais ma vie d’ouvrier, à l’usine Stricher rue du Port (la seule usine qui subsiste encore aujourd’hui).

	Normalement c’est dans la grande usine Babcock et Woolcock, à La Courneuve que j’aurais du embaucher. En effet les grandes usines en ce temps là choisissaient dès la première année d’apprentissage « les bons » ouvriers. J’étais bien classé dès cette première année, au centre d’apprentissage, situé dans l’ancienne entreprise Astra, à l’emplacement de l’actuelle cité Lénine 64 avenue de la république. Pendant les 3 ans d’apprentissage je fus donc parrainé par Babcock et Woolcock. Stages dans l’entreprise pendant les vacances scolaires et promesse d’embauche à la fin de l’apprentissage. Le jour venu, la direction de l’usine, où existait une cellule importante du PCF, fut informée (par qui ?) que mon père maire et conseiller général d’Aubervilliers était un dirigeant communiste. Du jour au lendemain, mon avenir changea, il n’était plus chez  Babcock et Woolcock. Ils prétextèrent une baisse de commandes nécessitant un arrêt de l’embauche, mais un de mes camarades du centre d’apprentissage qui n’avait pas eu son CAP, a, lui, été recruté comme ouvrier débutant.

J’étais révolté à la suite de cette injustice patronale et cela facilita mon engagement en ce début septembre 1963. Le mercredi suivant, après le travail (à l’époque, nous faisions 48 heures par semaine) je me présentais au 13 rue Pasteur à Aubervilliers, à la Bourse du travail pour adhérer au syndicat des métaux CGT. En réalité, j’avais pris rendez-vous avec l’un des responsable CGT, qui n’était autre que mon grand-père maternel.

Dans les jours qui suivirent, à la fête de l’Huma, j’adhérais aussi au parti communiste français. Et oui, il y a juste 50 ans. C’est un anniversaire qui compte beaucoup pour moi et si c’était à refaire je suis sûr que je le referais. Je ne regrette rien ni mon adhésion, ni mes 2 procédures d’exclusion du PCF pour avoir défendu mes idées jusqu’au bout, il y a environ 10 ans.

Le bilan que je tire de ces 50 ans de militant communiste, c’est la satisfaction d’être resté fidèle aux idées marxistes de ma jeunesse qui m’ont fait entrer en grève en 1968 et fait critiquer l’appel à la reprise du travail.

En réalité, je suis « né » communiste. Dans une famille, où pour résistance communiste, mon oncle fut fusillé au Mont Valérien, ma tante déportée au camp de concentration de Ravensbrück ; un autre oncle, interné au camp de Châteaubriand et mon père, déporté (à 20 ans) au camp de concentration de Dachau. Puis mon grand-père, un troisième oncle et mon père furent secrétaires de la section du PCF d’Aubervilliers. En 1958, comme délégué Vaillant (les enfants du PCF) je fus envoyé au camp international des pionniers en Pologne. En 1959, j’adhérais à la jeunesse communiste dans l’action pour la paix en Algérie. Et pour couronner le tout « communiste », je porte le nom de résistance de mon père : Jean-Jacques et comme deuxième prénom celui de Fabien pour le colonel !

Mon engagement communiste m’a fait successivement secrétaire du cercle Guy Moquet, responsable local des JC, membre du secrétariat fédéral des jeunesses communistes, secrétaire de la cellule Maurice Thorez du PCF, secrétaire de la section d’Aubervilliers pendant 15 ans, permanent politique depuis 1975, membre de la direction fédérale du PCF en Seine-Saint-Denis qui était la première fédération de France, fondateur et porte parole de la Gauche Communiste, puis membre de la direction nationale du PCF (en 2007, 600 communistes ont voté sur mon nom pour être le candidat du PCF à la présidence de la République).

Côté élu, je fus élu conseiller général de la Seine-Saint-Denis en 1984 (avec 64 % des voix dès le premier tour), puis vice président du Conseil général, et président du groupe communiste du conseil général, membre du secrétariat des élus communistes de Seine-Saint-Denis et membre de la direction nationale des élus communistes. Maire adjoint d’Aubervilliers et suppléant de la députée Muguette Jacquaint. Un des membres fondateurs de Plaine Commune.

Membre de l’institut Maurice Thorez, président du CAUE 93, président de la société d’économie mixte SODEDAT 93, co-fondateur du comité national pour l’abrogation du traité de Maastricht, admirateur de l’œuvre de Rosa Luxemburg et défenseur du marxisme révolutionnaire, contre les positions opportunistes de la direction du PCF et surtout contre, radicalement, la social-démocratie.

En réalité, j’ai été, je suis et je serai jusqu'à mon dernier jour, avec fierté, « un militant communiste, révolutionnaire ».