Charles Tillon qui fut Conseiller Général, Maire et Député d’Aubervilliers avant d’être sanctionné injustement, en 1952, par la direction nationale du PCF. Déchu de tous ses mandats électifs et remis à la base comme simple adhérent, lui qui avait été un des mutins de la Mer noire, responsable national de la CGTU, un combattant de la guerre d’Espagne, celui qui lança le 17 juin 1940 le premier appel à la résistance, celui qui fut le Commandant en chef des FTP, Ministre de la France à la Libération et membre du Bureau Politique du PCF.

Quelle était la motivation de ma démarche ? Je venais d’être élu, en 1984, par la population d’Aubervilliers comme Conseiller Général, à la suite de mon père décédé quelques semaines plutôt, lui qui était aussi maire d’Aubervilliers depuis 27 ans et qui avait été déporté par les nazis au camp de concentration de Dachau, pour activité communiste FTP, à l’âge de 19 ans, puis responsable de la CGT métaux et dirigeant du PCF.

Mon père, qui du fait de ses responsabilités politiques et des pratiques internes (staliniennes) de l’époque, avait pris part au processus de sanction sans en être convaincu, comme beaucoup de membres du Parti. Une preuve, une partie des membres du PCF d’Aubervilliers éditèrent un tract annonçant la naissance d’un éphémère Parti Bolchevick Français pour soutenir Charles Tillon.

Connaissant mon goût pour l’histoire du mouvement ouvrier, mon père me parlait à plusieurs reprises de cette période (où il participait aux réunions du Bureau Politique) convaincu que Maurice Thorez avait été manœuvré par son entourage le plus proche, le même entourage qui mit fin à la responsabilité de mon père comme 1er secrétaire de la fédération de la Seine nord Est du PCF après une mise en accusation politique non fondée. Mon père pensait qu’un jour il faudrait dire la vérité, toute la vérité sur cette période.

En 1985, étant encore secrétaire de la section du PCF d’Aubervilliers, je voulais entreprendre ce devoir de vérité souhaité par mon père.

La rencontre avec Charles Tillon avait pour but de connaître dans le détail sa version des faits. Ayant obtenu le numéro de téléphone par un membre de la famille, j’eus Raymonde Tillon Nedelec au téléphone. Après une longue conversation, elle me dit qu’elle en discutera avec son mari et elle allait me rappeler. Ce qu’elle fit rapidement et elle me confirma leur accord pour une rencontre chez eux, un matin de la semaine suivante. Elle me précisait alors que Charles Tillon avait donné son accord surtout parce que j’étais le fis d’André Karman. Le jour venu, malheureusement je fus convoqué à une réunion importante présidée par Georges Marchais au Comité Central, place du Colonel Fabien. Impossible d’être absent à cette réunion ! Je téléphonais donc immédiatement à Raymonde Tillon Nedelec pour lui expliquer mon problème. Elle me dit de la rappeler pour avoir l’opinion de Charles Tillon. Ce que je fis le lendemain matin : Raymonde Tillon Nedelec, avec les formes, m’expliqua que Charles Tillon ne souhaitait plus me recevoir. Elle me fit comprendre que Charles Tillon avait son caractère et que passer après Georges Marchais, là vraiment, c’était trop !

Voilà l’histoire du rendez-vous manqué avec Charles Tillon. Mais celle aussi de l’aimable communication téléphonique avec cette grande dame, qui fut Députée communiste et qui a aussi vécu pendant une courte période à Aubervilliers : de 1951 (le mariage avec Charles Tillon) au départ d’Aubervilliers après l’injuste condamnation fin 1952 début 1953.

La première femme de Charles Tillon, morte en 1947, est d’ailleurs, enterrée au cimetière communal d’Aubervilliers proche de la tombe de mon père.

J’ai tenu parole, le souhait de mon père je l’ai réalisé par plusieurs articles dont certain parus dans des livres. En réalité j’avais déjà eu une courte rencontre avec Charles Tillon, au moment de son exclusion du PCF en 1971, à Aubervilliers à la fin d’une réunion publique du PSU organisée par Jacques Salvator à la vieille école du Montfort rue Hélène Cochennec.

Depuis, en 1989, la direction nationale du PCF a annulé toutes les exclusions du PCF liées aux pratiques staliniennes. Malheureusement, certaines pratiques ont la peau dure. Par exemple, une mesure d’exclusion fut entreprise à mon encontre en 2001 avec l’accusation incroyable, moi, dont plusieurs membres de ma famille ont été fusillés, déportés ou internés pour action communiste par les nazis, de faire le jeu du Front National. Parce que je me présentais à l’élection législative, comme neuf autres candidats communistes en France, en opposition à la ligne de la Gauche plurielle. Alors que j’avais le soutien des électeurs de mon canton puisque j’y suis arrivé premier. Soutien aussi de militants communistes remarquables comme Henri Martin emprisonné pour refus de faire la guerre au peuple vietnamien, Henri Alleg celui qui subit la torture en Algérie par l’armée française et qui a dénoncé dans le livre qui avait pour titre LA QUESTION, Jean Pierre Page dirigeant national de la CGT, Charles Houareau responsable CGT des chômeurs marseillais et aussi un grand nombre de communistes d’Aubervilliers.

Heureusement pour moi, après des mois d’instruction de mon dossier d’exclusion par la commission des conflits (ex commission de contrôle politique) interne au PCF, le dossier s’est dégonflé faute de preuves et mon exclusion fut abandonnée. Pour Charles Tillon par contre, l’exclusion est prononcée en 1971. Il serait donc normal et juste qu’une réhabilitation officielle de Charles Tillon soit décidée.

Lorsque Jack Ralite alors Maire d’Aubervilliers a proposé d’appeler la cité HLM du 114-116 rue Pont Blanc et la rue du même nom, du nom de Charles Tillon, personnellement comme Conseiller Général, Maire adjoint d’Aubervilliers et comme militant communiste je soutins immédiatement cette proposition. C’était un minimum pour Charles Tillon, lui qui milita à Aubervilliers de 1930 à 1952. Et qui y occupa tous les mandats électifs (Conseiller Municipal en 1935, Conseiller Général en 1935, Député en 1936 et Maire en 1945)

Aujourd’hui, je demande officiellement à la direction nationale du PCF, au moment de la disparition de Raymonde Tillon Nedelec, en hommage à cette grande dame, une des premières femmes élue Députée en France, de plus députée communiste, veuve de Charles Nedelec dont le nom figure sur une plaque dans le hall du siège national du PCF, comme membre du Comité Central de PCF héros de la Résistance, et veuve aussi de Charles Tillon son deuxième mari, de réhabiliter totalement et publiquement Charles Tillon et de le laver des graves accusations dont il fut victime.

Sur la dernière photo de Raymonde Tillon Nedelec on remarque qu’elle tient entre ses mains le portrait de Charles Tillon. Cette photo parle toute seule !

Je suis prêt comme membre de la direction nationale avec d’autres à travailler sur un texte de réhabilitation.

Aubervilliers le 30 juillet 2016

Jean Jacques Karman

Maire adjoint d’Aubervilliers

Membre de la direction nationale du PCF

Porte parole de la Gauche Communiste du PCF.

jjkarman@wanadoo.fr