Francis Combes, l’un des responsable de la section Henri Barbusse d’Aubervilliers de la Gauche communiste du PCF, a dénoncé le procès stalinien qui ce déroule actuellement en Seine Saint-Denis. Jean Jacques Karman a lu la lettre ouverte qu’il a envoyé ce jour à Marie Georges Buffet et il a ensuite rendu public le texte que la Gauche du Parti soumet aux communistes pour le 32ème congrès, lancé symboliquement ce soir par 93 communistes de Seine Saint-Denis (la première fédération de France).

 ( Ci joint la lettre ouverte à Marie Georges Buffet et le texte de la Gauche de PCF pour le congrès d’avril prochain )

Nous publions ici la lettre ouverte, de Jean Jacques Karman, aux membres du conseil départemental du PCF de Seine Saint-Denis. Cette lettre a été écrite quelques jours avant le 14 novembre, dans le même temps où Jean Jacques Karman faisait des démarches auprès de la commission nationale d’arbitrage des conflits, pour être présent à la réunion du conseil départemental. En fin de compte la direction fédérale recula et au dernier moment invita Jean Jacques Karman pour la partie consacrée à la demande de son exclusion, c’est à dire de 22 heures à 1 heure du matin :

" C’est le 21 mai 2002 que l’assemblée d’une des 2 sections du PCF à Aubervilliers a décidé, en contradiction avec les statuts du PCF, de m’exclure. N’étant pas membre de cette section, j’ai appris, seulement, plusieurs semaines après que j’étais exclu, quand la direction fédérale a refusé ma présence au conseil départemental dont je suis membre depuis 34 ans. Ce soir, 14 novembre 2002, votre convocation note, en 4ème point, à l’ordre du jour : « positionnement de la fédération sur un processus d’exclusion de Jean-Jacques Karman. » Une nouvelle fois, en mon absence, vous allez décider de mon appartenance ou pas au PCF. Cette pratique est anormale selon le président de la Commission nationale d’arbitrage des conflits que j’ai évidemment saisi. Je suis condamné sans être entendu. Depuis le 21 mai, certains se sont appliqués à couper tous les liens que j’ai avec le Parti. Ils ont même refusé toute discussion sur une possible entente municipale à Aubervilliers. Refusant la possibilité que la « majorité » municipale actuelle passe de 34% (minoritaire) à 60% avec nos 26,5%, des sanctions me sont infligées dont certaines déshonorent leurs auteurs. Malgré cela, je veux toujours être adhérent du PCF dont je suis membre depuis 40 ans en 2003. Je suis convaincu que rien n’est possible en dehors du PCF. Il reste, au delà des méfaits de la mutation, le socle sur lequel peut se construire la force révolutionnaire dont notre peuple a besoin. La coïncidence fait que je viens de trouver dans les archives de mon père, le seul discours qu’il avait soigneusement gardé. C’est celui qu’il prononça comme 1er, secrétaire de notre Fédération, au moment où on l’accusa de « fautes » imaginaires. Certains demandèrent même son exclusion et la direction nationale décida sa destitution. Au cœur de la période stalinienne du PCF, la direction nationale exigea une autocritique en règle. Mon père s’accusa, comme dans certains procès, et reconnu des « fautes » qu’il n’avait pas commises. Je peux vous dire que lui qui avait été déporté, pour son activité communiste, par les Nazis, au camp de concentration de Dachau, garda toute sa vie cette déchirure. Cette blessure due à l’humiliation imposée par ses camarades. Pour ma part, je ne reconnais aucune faute. Je demande l’annulation pure et simple de mon exclusion car non conforme aux statuts du PCF. Si quelqu’un a mis le Parti en difficulté, ce n’est pas moi, mais ceux qui ont imposé la mutation. Oui, j’ai refusé la politique de la Gauche plurielle, responsable en premier lieu de la présence de Le Pen au deuxième tour des Présidentielles. Dès août 1997, j’ai écrit une brochure sur la participation du PCF dans le Gouvernement social-libéral de Lionel Jospin. Cette brochure avait pour titre « L’échec programmé ». Malheureusement, la suite m’a donné raison. Ce gouvernement a battu tous les records de privatisation alors qu’il n’avait une majorité à l’Assemblée qu’avec le groupe communiste. Les inégalités se sont creusées, le capitalisme s’est restructuré au mieux de ses intérêts et les ministres communistes sont restés au Gouvernement pendant deux guerres impérialistes sous direction américaine, ect… C’est bien du Ministère des Transports qu’est sortie une demande de répression des grèves et manifestations sur les Autoroutes, ports, aéroports et gares. C’est bien du Ministère des Transports qu’est sortie une argumentation pour justifier l’ouverture des sociétés du secteur public au capital privé. C’est bien le Ministre communiste des Transports qui présenta, lors d’une fastueuse réception, l’Ambassadeur américain comme l’un de ses bons amis. C’est bien le premier responsable du Parti qui déclara « si j’étais cheminot, je ne ferai pas grève » et à la Fête de l’Huma 2001, « sa solidarité avec les dirigeants américains ». Tous ces faits incontestables et vérifiables ne sont pas des dérapages ou des faux pas. Ils découlent d’une ligne politique, celle de la mutation. Cette politique est une politique de collaboration de classe. Elle a pris sa place après une cascade d’abandons lors des derniers congrès. Abandon des références stratégiques comme celle de la classe ouvrière, de l’impérialisme, du socialisme, du marxisme, de la révolution. Personnellement, je ne suis pour l’exclusion de personne. Robert Hue, a une responsabilité. S’il décide de partir, c’est son affaire, mais Marie-Georges Buffet et beaucoup d’autres comme notre direction fédérale sont aussi responsables de cette dérive. Alors, pas de chasse aux sorcières, débattons, car c’est la stratégie du Parti qu’il nous faut changer. Considérant que le programme qu’avaient présenté les députés communistes en 1997 n’avait pas été tenu. Considérant que sur de nombreux points, les députés communistes ont émis des votes totalement contraires à leurs engagements, j’ai avec mes camarades, pour défendre l’idée communiste comme d’autres en France, décidé de me présenter aux Législatives, avec comme suppléante une ouvrière en activité, pour ouvrir une perspective à la gauche de la Gauche réformiste. J’ai refusé l’investiture du PCF. Je ne regrette rien, je suis même fier de mes prises de position depuis qu’avec mes camarades, nous sommes entrés en opposition ouverte à la ligne réformiste en 1995. Malgré les manœuvres de certains, les attaques personnelles et les injures, je n’ai pas cédé, je suis resté fidèle à mes idées. Il aurait été certainement plus douillet pour moi, de rester dans le cocon du Parti, taisant mes interrogations, et attendant tranquillement les promotions comme le font beaucoup de suivistes, dont certains sont présents ce soir dans cette salle et qui vont à coup sûr voter mon exclusion. Je ne cours derrière aucune responsabilité particulière, j’essaie simplement d’être un communiste marxiste, quitte à être à contre-courant des idées dominantes. De très bons camarades, et même certains amis d’enfance se sont détournés, je le regrette. J’espère que l’on se retrouvera ensemble pour construire le Parti communiste révolutionnaire et démocratique qui nous fait tant défaut actuellement. Depuis près de 8 ans que je suis un communiste oppositionnel, j’ai constaté qu’il y a 2 poids, 2 mesures dans le Parti : l’ouverture pour les uns et la fermeture pour la gauche du Parti. Dernier exemple en date : la Maire de Romainville, que je me garderai de juger, quitte le Parti. Marie-Georges Buffet déclare dans la presse, que les portes du PCF lui sont grande ouvertes pour qu’elle revienne au moment même où ma procédure d’exclusion est en cours. Je souhaite que chaque communiste défende ses positions jusqu’au bout car c’est de la contradiction que naissent les idées justes. Le grand défaut du Parti est que le stalinisme ait imposé le monolithisme et avec lui, créé le suivisme des cadres. Cela touche pratiquement toutes les directions à tous les niveaux du Parti. La manière dont la direction prépare le 32ème congrès a pour but l’auto reproduction de la ligne du Parti et de ses directions. La base commune que la direction veut imposer n’est qu’une survivance du stalinisme. L’idée de « mutation bis » peut être défendue par la direction si elle le désire, mais d’autres orientations stratégiques doivent pouvoir être présentées à égalité de possibilités. Je suis signataire d’un des textes alternatifs à la mutation qui s’appelle « appel aux communistes de France pour un 32ème congrès communiste » je souhaite participer pleinement au 32ème congrès qui risque d’être le dernier. Je vous demande simplement de me permettre de continuer à défendre les idées communistes que je crois justes. Le communisme ce n’est pas l’exclusion, c’est l’action contre le capital sur la base du pluralisme d’analyses marxistes. Au vu de l’argumentaire que la direction vous a envoyé, (où figure des faux et des manipulations) il y a de grandes chances que vous preniez ce soir la décision de m’exclure. Vous savez très bien que dans quelques années, un nouveau dirigeant déclarera que c’était une erreur. Et peut être m’invitera-t-il à redevenir membre du Parti. Car la raison avancée pour mon exclusion est purement scandaleuse : La direction fédérale fait croire que toute la Gauche s’est rassemblée devant le danger d’élire un député d’extrême-droite comme cela a été écrit dans la propagande électorale. En réalité, c’est la Gauche plurielle seule qui s’est rassemblée au prix d’un marchandage dont vous connaissez les dessous et dont la presse s’est fait écho. Je n’étais pas le seul candidat de gauche présent aux côtés de la candidate de la Gauche plurielle : nous étions 6 candidats de Gauche. Ce qui démontre que l’analyse sur le danger de l’Extrême droite était plus que douteux. Sinon, on ne comprend pas pourquoi il n’y a pas eu de candidat unique de la gauche dès le 1er tour à Drancy, Bobigny ou même à Stains-Blanc-Mesnil où l’Extrême-droite avait fait des scores supérieurs à ceux de notre circonscription. La réalité est que l’Extrême-droite a reculé par rapport aux dernières élections sur la 3ème circonscription. Je rappelle que dans les mêmes conditions, l’année dernière aux Cantonales, cela n’a pas empêché le Parti socialiste, les Verts et la direction du PCF de présenter chacun leur candidat alors que j’avais obtenu le soutien de plus de 60% des militants communistes du canton et au 2ème tour, aucun des candidats de Gauche n’a appelé à voter sur mon nom face au candidat d’Extrême droite. Ce qui me scandalise c’est que vous laissez entendre que j’aurai pactisé avec les idées d’Extrême-droite, lorsque pour m’exclure vous faites référence au seul article des statuts qui envisage l’exclusion. Je le cite : « les seuls motifs d’exclusion du Parti communiste sont la mise en cause délibérée des valeurs fondamentales d’intégrité et de dignité humaine, la corruption ainsi que l’appartenance à un autre parti politique. » Pour moi c’est insupportable, c’est de la diffamation, vous allez me juger pour un délit d’opinion comme aux pires moments du stalinisme français. Il y a juste 50 ans, la direction du PCF excluait André Marty l’accusant, entre autre, d’avoir des liaisons policières. "

Jean Jacques Karman a lu cette lettre devant le conseil départemental, après que Michel Laurent, secrétaire fédéral et membre de la direction nationale est résumé l’acte d’accusation. Si certains ont chargé l’accusé, comme la femme d’un des responsables fédéral qui déclara : " Après Vitrolle… pas Aubervilliers, la ville où il y a eu Laval. Des valeurs qui sont pas les nôtres…Un anticommunisme le plus primaire…Un courant populiste…ect…" Vous vous imaginez la sentence si cette dame avait le pouvoir d’état. Par contre d’autre, plus sérieux, argumentèrent contre l’exclusion et le résultat fut une surprise pour tous. Au dernier moment, Michel Laurent, voyant que ça tournait pas dans le bon sens pour lui, ajouta un acte d’accusation en prétendant que Jean Jacques Karman avait créé un autre parti. Au moment du vote, à une heure du matin, il y avait que 35 présents sur 150 membres du Conseil départemental. 17 ont pour l’exclusion, 3 se sont abstenus et 16 ont voté contre l’exclusion. C’est donc à une voix que la décision est prise (en sachant qu’il y avait un vote par procuration, pour l’exclusion, qui n’a pas participé aux débats). Dès le lundi 18 novembre à 19h, un rassemblement d’une cinquantaine de communistes d’Aubervilliers c’est tenu devant le siège de la Fédération Seine Saint-Denis du PCF, pour protester contre l’exclusion du Jean Jacques Karman Conseiller général d’Aubervilliers. Des messages de soutien ont été lu, parmi eux celui remarqué des ouvrières de la direction syndicale d’une entreprise. Francis Combes, l’un des responsables de la section Henri Barbusse d’Aubervilliers de la Gauche communiste du PCF, a dénoncé le procès stalinien qui ce déroule actuellement en Seine Saint-Denis. Jean Jacques Karman a lu la lettre ouverte qu’il a envoyé ce jour à Marie Georges Buffet et il a ensuite rendu public le texte que la Gauche du Parti soumet aux communistes pour le 32ème congrès, lancé symboliquement ce soir là par 93 communistes de Seine Saint-Denis Quelques jours après, ce tenait le Conseil national, où d’après le journal Le Monde : " Michel Laurent, le patron de la fédération de Seine Saint-Denis, a suscité en effet une levée de boucliers quant à la procédure d’exclusion du parti qu’il a engagée en fin de semaine dernière à l’encontre de Jean Jacques Karman. Ce dernier, conseiller municipal d’Aubervilliers et animateur du courant orthodoxe La Gauche communiste, s’était présenté aux législatives de juin dernier contre Muguette Jacquaint, candidate officielle du PCF et de la gauche plurielle. " L’"Humanité" dont le rédacteur en chef n’est autre que le frère Pierre Laurent, ne dira rien. C’est dans "Communistes", le supplément du mercredi, que l’incident fut relaté : " Un court débat a eu lieu auquel ont participé Michel Deschamps, Michel Laurent et Makan Rafatjou, à propos de la procédure d’exclusion à l’égard de Jean Jacques Karman engagée par la section d’Aubervilliers à laquelle le Conseil départemental de la Seine Saint-Denis a donné un avis favorable. Une procédure statutaire est en cours. Si la Commission des conflits valide l’exclusion, le Conseil national aura à en débattre." De nombreux communistes ont manifesté leur sympathie envers Jean Jacques Karman, parmi eux Aline Paillet, Henri Martin, Jean Pierre Page, Yves Vargas,