Notre compagnonnage dura 55 ans avec des hauts et des bas, car Denis n’était pas facile, il avait des idées bien arrêtées, non négociables. Il était capable de quitter un repas entre amis, en plein milieu pour un différent politique, comme il le fit un jour chez moi, en désaccord avec l’un des présents.

Sans aucun doute, il était un communiste, sans carte, mais toujours à côté du PCF. Il savait prendre ses responsabilités, comme par exemple lorsqu’il m’a soutenu dans mes différentes candidatures contre la « Gauche plurielle ». Prises de positions qui pouvaient avoir des retombées sur ses revenus pour vivre.

Ses compagnes successives avaient un trait commun, celui de la beauté, sans ramener « la femme » à ce seul critère. Le plus souvent, il les vouvoyait.

Collaborateur de l’hebdo du PCF « Révolution » il y écrivit en juin 1984 un magnifique article sur la mort de mon père, article qui fut salué par beaucoup, en particulier ma famille. L’article traitait plus précisément du lien entre une population et son maire communiste, lien qui avait impressionné Denis.

Il était le contraire d’un arriviste. Sa situation matérielle a toujours été précaire, un vrai « artiste » mais sans indemnité « d’intermittent ». A plusieurs reprises, il nous a convaincu de participer à des célébrations étonnantes, mais toujours justes, comme « Vive la mort de Louis XVI » ou « Honneur à Maximilien Robespierre » devant sa statue dans le square, à Saint-Denis, face au théâtre. Ou encore l’anniversaire du Parti Communiste Français devant son siège historique 120 rue La Fayette à Paris. Pour cet anniversaire nous avions le couteau entre les dents et une femme, celle de la liberté et de la révolution, était présente au milieu de nous (voir la photo) en l’occurrence, sa fille nue en plein hiver !

A un autre moment, comme Vice-président du Conseil général du 93, j’ai organisé la plus grande consultation démocratique sur l’aménagement futur du 93. Denis a traduit merveilleusement cette expérience dans un livre.

La maladie commençait déjà à se voir. En réalité, elle ne s’arrêtera plus, malgré les espoirs qui seront en fin de compte, déçus.

Un jour, lors d’un repas chez moi, il nous a offert, à Marie et moi, un étrange cadeau : Le masque mortuaire de Maximilien Robespierre. Nous avons été très touchés.

Depuis quelques temps nous avions pris l’habitude (les amis depuis 55 ans), Lacène, Florent, François, le petit Jo, Denis et moi de nous retrouver au « Roi du couscous » rue du Landy à Saint-Denis Maintenant il y aura une place vide.

Enfin, ma dernière « aventure » avec Denis fut l’idée folle d’écrire mes souvenirs, comme une thérapie à un moment de dépression. Pendant des mois, un après midi par semaine, chez lui ou à l’hôpital, nous avons enregistré nos conversations. Nous avons décidé que si ce travail n’était pas à la hauteur de nos espérances, nous tirerions un trait dessus. Mais au fil de ces enregistrements, cela prit forme. Denis qui ne flattait jamais, me dit que c’était intéressant et qu’il avait appris, ce qui était, avec Denis, une véritable « victoire » car sa culture était immense. Mais cette sale maladie interrompit ce travail, et l’emporta !

Peut être que je continuerai ce travail, mais sans la qualité d’écrivain de Denis cela sera dur.

Denis mon copain, mon camarade. Salut l’Artiste !