Dans ce contexte, la stratégie du "bulletin nul" du KKE a semblé totalement décalée, voire constituer un acte de "trahison"... "Gauchisme", "dogmatisme", "sectarisme","stalinisme", tous les épithètes ont été utilisés par ses détracteurs... Mais "trahison" suppose d’avoir quelque chose à "trahir"... C’est à dire une cause ne reposant pas que sur des mots et des discours grandiloquents sur la "démocratie", empruntés au lexique des escrocs libéraux... A la vitesse ou vont les événements, ce n’est pas l’opportunisme, mais la lucidité de ceux qui analysent et anticipent la suite de la crise qui sera finalement, et peut-être très rapidement, reconnue par les masses… La seule vraie question de cette polémique est de savoir si l’évaluation d’équivalence faite par le KKE entre la proposition Tsipras et celle de l’UE est exacte… ! De nombreux analystes, même « occidentaux », considèrent que la manœuvre de Tsipras est d’abord une stratégie de politique intérieure pour reconquérir une majorité qui commençait à lui faire défaut, et non pas réellement pour tenir tête à l’UE, alors qu’ils étaient pratiquement arrivés à un accord ! En somme tout un cinéma et un psychodrame où les deux principaux acteurs miment un conflit pour donner plus de poids à leur accord final vis à vis des peuples d’Europe… Appeler à voter "non", tout en prétendant rejeter, pour l’essentiel, la politique de Tsipras, cela eut été, pour le KKE, une « contorsion » opportuniste du type de celles de nos sociaux-chauvins en France, et nous devrions, au contraire, saluer son courage de dire une vérité qui ne soit pas démagogique. En France, le problème est précisément que cette position du KKE a été soit complètement occultée, soit complètement déformée, au gré des luttes groupusculaire hexagonales : Le KKE a donc dénoncé la proposition que Tsipras prétendait "opposer" à celle de l’UE-FMI-BCE comme étant pratiquement équivalente en termes de reculs sociaux. En conséquence, il a appelé à rejeter les deux propositions, et à le faire en utilisant un bulletin "nul" portant un double "OXI !" contre l’UE et le plan gouvernemental. Quant au fond, en termes d’analyse de classe marxiste-léniniste, la position du KKE est principalement justifiée... Accessoirement, elle recoupe quelques éléments d’analyse essentiels que nous avions déjà tentés dans les articles précédents de TML sur le sujet (*), sans toutefois prendre une position sur ce référendum, ce qui nous paraissait naturellement devoir rester l’apanage des grecs eux-mêmes, évidemment. Mais pratiquement, cette position du KKE peut donc effectivement prêter à maintes polémiques...