Pas une seule réaction officielle de France Télévisions, pas une mention à l'antenne: jusqu'à sa mort, Michel Naudy aura illustré la difficulté de la télévision à parler d'elle-même, et de la dureté, parfois, de ses rapports de force internes. Agé de soixante ans, Naudy a été retrouvé mort, atteint d’une balle dans la tête, dimanche 2 décembre à son domicile d’Ascou (Ariège). Ancien chef du service politique du quotidien l’Humanité puis cofondateur et rédacteur en chef de l’hebdomadaire Politis, Naudy avait été journaliste à France 3 à partir de 1981 puis rédacteur en chef de la rédaction nationale. Il avait été, en 1995, à la tête d'une des premières émissions de critique média sur France 3 Île-de-France : "Droit de regard". Mais cette année-là, une de ses émissions avait été censurée. Il avait alors démissionné avant de revenir à France 3 où il se retrouva "placardisé", comme l'explique à @si un responsable du SNJ-CGT de la chaîne. Naudy avait conservé le statut de rédacteur en chef national, sans affectation. Régulièrement, il demandait un poste à sa direction. La CGT envoyait aussi chaque année un courrier à la DRH, auquel on répondait qu'aucun poste ne correspondait à sa fonction de rédacteur en chef national. En 2008 ou 2009, alors qu'un poste de chef du service politique national de France 3 se libérait, il postula avec le soutien de la CGT devant la commission paritaire. "La commission a été très violente". On lui aurait alors signifié qu'il ne pouvait avoir ce poste en raison de sa proximité avec le parti communiste, comme l'indique ce communiqué du SNJ-CGT publié sur Acrimed. "Il s'agit d'une discrimination professionnelle et politique" souligne notre source. Selon l'AFP, Naudy avait effectivement des engagements politiques. Il s'était présenté - sans succès - aux législatives de 2007 dans l'Ariège sous la bannière du PCF. Le syndicat des journalistes CGT de France Télévisions a salué sa mémoire : "Michel faisait honneur au journalisme d’investigation, au journalisme d’analyses et d'éditos, enfonçant les clous là où ça faisait mal. Le lutteur a décidé d’en finir." Le syndicat déplore d'ailleurs le silence de la direction de France 3 après sa mort. "D'habitude, lorsqu'un ancien salarié de France 3 décède, on en parle à l'antenne, là, rien." Pas de maladie incurable Il faut dire que le cas Naudy a tout pour embarrasser la direction de France Télévisions. Sa longue placardisation l'a-t-elle conduite au suicide? "Il en parlait tout le temps, il vivait très mal cette mise à l'écart", assure-t-on au SNJ-CGT. A l'inverse, le site de France 3 Midi-Pyrénées a évoqué l'hypothèse d'une maladie : "Selon un proche de Michel Naudy interrogé par France 3 Midi-Pyrénées, celui-ci était très fatigué ces derniers temps et se savait malade." Naudy aurait-il souhaité mettre fin à ses jours pour éviter de plus amples souffrances ? L'info a été reprise dans plusieurs articles, comme ici. Pourtant, il semblerait qu'il n'en soit rien. La source de France 3 Midi-Pyrénées est Jean-Pierre Petitguillaume, un ancien proche de Naudy. Ensemble, ils avaient fondé le Cercle Lakanal, un groupe ayant pour objectif de dénoncer la corruption de certains élus ariègeois. Il explique à @si que le journaliste du site de France 3 Midi-Pyrénées, avec qui il avait évoqué cette maladie, n'a pas bien compris ses propos. "Il ne s'agissait pas d'une maladie incurable", assure-t-il. "Cette maladie ne peut en rien expliquer le suicide de Naudy." Autre hypothèse: Naudy devait comparaître le 4 décembre devant le tribunal correctionnel de Foix, pour diffamation envers Francis Dejean, directeur général des services du Conseil général. Dejean poursuivait le journaliste, notamment pour avoir écrit qu'il avait été condamné pour violences sur un terrain de rugby. Mais Petitguillaume se refuse à y voir une cause de son geste. "C'était un homme debout, très combatif, qui n'esquivait pas les problèmes." Petitguillaume refuse d'ailleurs de croire à la thèse du suicide, privilégiée pour l'heure par la gendarmerie. Naudy lui aurait lancé : "Si un jour tu apprends que je me suis suicidé, demande une enquête." Une autopsie devrait être effectuée dans les prochains jours.