Pierre Laurent, le coordinateur et probable futur secrétaire national du PCF a lancé, dès le début de cette réunion, un appel aux 14, leurs disant, en faisant référence aux textes préparatoires au congrès de juin : « votre place est avec nous dans la construction de ces avancées ». Cette déclaration peut paraître comme positive, mais elle est hypocrite puisque la vraie question qui est posée à la fois par les 9 et les 14, c’est celle du pluralisme communiste dans le PCF et Pierre Laurent dans la même réunion fait la sourde oreille à la demande des 9 secrétaires fédéraux et vote un des textes préparatoire sur « les transformations du PCF » qui fait l’impasse totale sur la question centrale et vitale, du pluralisme communiste dans un parti communiste au 21ème siècle, ni même, ne fait aucune référence au marxisme, alors que le même Humanité titre en interrogeant très justement « Quel retour à Marx pour penser notre temps ? ».

Oui, la grande question pour le renouveau du PCF est bien : le retour à Marx et donc comment promouvoir le pluralisme communiste, comme moteur de la démarche de réflexion du PCF et de son « unité » théorique et d’action. Historiquement, cette démarche marxiste possible et nécessaire va à l’encontre du monolithisme dominant sur lequel le PCF s’est construit depuis la fin des années 20. Les thèses staliniennes sur : « le Parti (le secrétaire général) a toujours raison, à une question il n’y a qu’une seule réponse juste, le Parti se renforce en s’épurant ou encore la critique et l’autocritique comme nécessité pour comprendre les positions - forcément justes - du premier, le secrétaire général ».

Depuis la fin des années vingt les courants politiques dans le PCF sont niés (alors qu’ils sont évidents) et ceux qui les constatent ou les revendiquent sont considérés comme socio-démocrates. Beaucoup seront exclus au nom de la défense de « l’unité du parti (la prunelle de nos yeux) » ou sont partis d’eux mêmes, par impossibilité de défendre à égalité leurs idées. Ce fut le cas, bien sûr, dans les périodes ouvertement staliniennes, mais aussi dans les périodes soit disant non staliniennes qui gardaient sur le fond le même fonctionnement. Par exemple, des milliers, voir des dizaines de milliers ont déserté le PCF parfois sur la pointe des pieds suite aux thèses « révisionnistes (au sens marxiste) » de la « mutation » du secrétaire national Robert Hue. Contrairement à Staline, il ne souhaitait peut-être pas ces départs, mais le même fonctionnement de la structure engendre les mêmes résultats.

Remarquons qu’avant la « stalinalisation » de la 3ème Internationale et de ses sections nationales, ni Marx et Engels (les fondations), ni Rosa Luxemburg (la part incontournable de spontanéisme des masses), ni même Lénine (la centralisation) n’ont revendiqué des organisations sans courants de pensée communistes reconnus et libres de s’exprimer. Ajoutons que Lénine n’a jamais été secrétaire général, mais toujours membre d’une direction collective et prenant en compte le pluralisme (bolchevick) communiste dans sa totalité.

Alors, il ne faut pas se contenter de faire une lettre aux 14, lettre qui sera vouée, forcément, à l’échec si le pluralisme communiste n’est pas promu, il faut aussi faire une lettre ouverte aux dizaines de milliers de communistes qui sont hors du PCF en convoquant un congrès de l’unification des communistes en leur garantissant les mêmes droits et devoirs, et par exemple en supprimant le poste, ô combien symbolique, du secrétaire national, pour construire une vraie direction collective et pluraliste communiste. Au plus vite, comme en 1905, il y a urgence d’un congrès d’unification de tous les communistes de France, car l’outil PCF est au plus mal.



Jean Jacques Karman membre du CN du PCF et porte parole d’un de ses courants organisés, la Gauche Communiste.