Ils s’étaient procuré un disque d’Elvis Presley et à l’écoute de la chanson « Jaillous Rock) nous étions tous "bouche bée". Très vite un clivage s’organisa dans la bande du quartier, la grande majorité était pour Elvis, le vrai rock. Joël fut dès le début un partisan d’Halliday et ce clivage dura jusqu’à la fin.

Un copain, Raymond avait acheté une voiture américaine (la première avant la mienne) une Cadillac 35 chevaux bleue et décapotable. Nous sommes partis tous Joël, Raymond, Dédé, Petit Serge et moi, dans la belle américaine, faire quelques bêtises au Tréport. Les seules photos de Joël valide datent de cette escapade.

Et le drame est arrivé, un accident de vacances et 46 ans paralysé, allongé sur un lit. Dur au début de voir son copain avec seulement toute sa « tête » et ses mains atrophiées. Le reste ne bougera plus. Après un moment de désespoir, mais le suicide n’était pas possible, Joël organisa sa vie.

Michel son plus proche copain, son voisin de palier sera le plus présent. Michel un du clan d’Elvis est parti dans les années 80 des suites d’une longue maladie. Moi qui venais en moyenne une dizaine de fois par an, plus le téléphone, à chaque fois je me sentais fautif d’être valide. Lui, avec l’aide de la mairie pour le ménage, les repas et les soins, organisa un vaste réseau qui lui permettait de m’apprendre des informations sur Aubervilliers à chacune de mes visites. Ses parents étaient morts, sa petite sœur vivait en Bretagne. Seul son frère au chômage était auprès de lui, et ne l’oublions pas, ces dernières années, son chien.

Pendant 46 ans il nous donna une leçon de vie, pendant 40 ans j’ai voté pour lui, sans jamais trahir ses pensées. C’était facile nous avions les mêmes pensées, pendant 25 ans il m’organisa même des « permanences ». Et, surprise pendant 46 ans il me cacha qu’il continuait de voir de temps en temps ou de l’écouter au téléphone une connaissance commune qui prenait aussi de mes nouvelles sans que je le sache, car parfois les sentiments ont de curieuses expressions. 46 ans !

Joël pour paraphraser Jean Ferrat qui vient de mourir lui aussi, je te dis : « Evidemment, après trente (50) ans passés à écouter "Marinella"(Souvenir, souvenir) Même en ayant d'la suite dans les idées. On n'se bat plus comme chien et chat. On dit plutôt dans un sourire. "Il n’était pas si mal que ça depuis le temps que nous entendons pire"…



Joël mon copain, mon camarade tu resteras présent dans mes, dans nos pensées et souvenirs.

Jean Jacques